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J’annonce l’amour à ces gens-là. Par Lionel Degouy.

Depuis deux jours, les choses avancent avec une certaine assurance, voire une certaine aisance. Ce sont dix-huit militaires d’active qui cette fois nous traitent de vendus à la face de la Nation. Nous qui parlions de paix des âmes en dénonçant « l’appel des généraux » du 21 avril 2021  sommes désormais traités de collabos, alors même que ceux-ci sont appelés « résistants ». De la première heure, puisqu’il est fait référence dans la seconde tribune à l’année 1940. Rien de moins. Et avec tout l’aplomb qui les caractérise dorénavant !

Prenant mon courage à deux mains, j’annonce l’amour à ces gens-là.

Pour bien faire il n’aurait pas fallu parler de ces généraux, les oublier. Pas plus qu’il ne faudrait parler, désormais, de ces militaires d’active – dix-huit, au demeurant – qui nous laissent croire en leur courage. Il n’aurait pas fallu les condamner, non plus. Les condamner pour ce qu’ils ont fait. Pour ce qu’ils font. Il n’aurait fallu rien dire de cette sensation que l’on éprouve à constater qu’en France il est possible de faire peur aux petites gens en annonçant que l’on est prêt à tuer leur liberté, du moins ce qu’il en reste. Cette bouteille à la mer de certains généraux en vacances, n’a-t-elle pourtant pas été lancée pour menacer la démocratie, comme un essai ? Comme une tentative de déstabilisation. Une tentative qui n’était pas que médiatique lorsque l’on pense que l’extrême droite, déjà, se met en ordre de bataille – c’est l’expression consacrée – pour dire tout le mépris qu’elle a de la République et de ses principes : la séparation claire des pouvoirs.

Cette collusion politico-militaire, donc – bien que certains trouvent le moyen de ne pas la dénoncer, voire de l’approuver – n’est pas anodine, couplée qu’elle est avec les discours de l’information continue. On se bave dessus volontiers, sur CNews. Tout autant que dans les colonnes de Valeurs Actuelles. On crache à la figure de ce qui nous nourrit ; la liberté. Éric Zemmour le grand, premier de la classe – l’homme qui sait tout – annonce à tous, chaque soir, pendant l’heure du repas-repos de chacun, qu’il est préférable de penser mal. De penser le mal. Et de penser le mal comme un moyen d’évasion, comme le moyen de s’évader du monde présent pour aller vers un futur blanc, sans tâche, immaculé, capable de résoudre ce qui semble nous oppresser trop : l’étranger, l’autre, le différent. Il n’en veut pas, du différent, Éric Zemmour le grand. Il se suffit à lui-même. Lui et tous ceux qui le suivent – car ce sont des suiveurs – n’ont certes pas en tête l’amour du prochain. Comme du lointain d’ailleurs. Ils cernent mal la dimension épique et noble de l’amour. Ils en bafouent les contours tout autant que le cœur. Ils n’aiment pas, ils haïssent. Ils n’aiment pas le vent des plaines, le soir venu sur nos campagnes. Ils haïssent tout ce qui n’est pas confort de la pensée – car, ne leur en déplaise, c’est une pensée confortable que la leur. Ils haïssent tout autant ce qui n’est pas bourgeoisie baveuse et mépris du sans grade.

À propos des sans grade, il faut redire la grande fidélité de nos militaires à la démocratie et à la République : c’est ici même une précision qu’il devrait être bien inutile de formuler, tant c’est l’évidence. De quel droit cette poignée de retraités et d’actifs égarés se permet-elle d’engager ceux qui sont encore libres d’aimer la France en vérité, avec la paix du cœur qui les caractérise ? Misère et déshonneur seront leur lot, à tous ces tentateurs qui font mine d’être des lanceurs d’alerte, alors qu’ils ne sont que des agitateurs répréhensibles. Tout militaire qui veut la guerre n’est pas un militaire, mais un mercenaire à la solde du mal. De l’ennemie, pour le dire clairement.

Il faut ajouter un point qui pèse dans le débat autour de ces appels malveillants : nous n’aurons jamais besoin de ces militaires-là pour constater la misère qui, partout en France et dans le monde, fait feu de tout bois ! Nous n’aurons pas plus besoin de ces militaires-là pour connaître l’amour, la paix, le silence d’après la bataille. Car c’est une bataille que nous connaissons bien : il s’agit de la vie, la mort. Nous en faisons chaque jour le tour.

Alors, avançons ! Avançons vers l’amour, la liberté totale de conscience, ou bien encore vers l’étranger venu ici pour nous sauver de nous-mêmes, tout en redisant d’un ton clair :

Liberté ! Égalité ! Fraternité !

Lionel Degouy est né en 1969 à Neuilly. Après des études de théologie à la Faculté protestante de Paris, divers engagements syndicaux et religieux, et des expériences monastiques en divers lieux, il s'installe à Montpellier. Sa vie est rythmée entre le retrait dans la lecture et la méditation, et l’activité d’écriture pour des publications diverses.

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