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Une utopie de l’amour du prochain : 1946. Sans Zemmour, ni Onfray. Par Lionel Degouy.

Qu’il est étrange, ce temps de folie douce où plus rien n’a de valeur. Ni le travail – qui ne vaut plus rien, de fait, tant les salaires sont bas, les conditions de travail précaires et, pour un bien trop grand nombre, la souffrance immense en entreprise – ni l’amour, ni la vie. La guerre est là, malgré tout le bonheur du monde. Nous avons tout et nous ne prenons rien. Nous disposons à loisir de la folie d’amour, de ce soleil, de ce doux vent qui glisse sur notre peau. Mais nous ne prenons rien. Nous ne prenons ni la folie d’amour, ni le soleil, ni le vent, ni la lune ou les étoiles. Alors même que nous sommes sur Mars, cette planète qui ne cesse pas de nous faire rêver. Nous contemplons l’univers à la fenêtre de notre système solaire, mais nous ne voyons plus notre bonheur. C’est à désespérer de vivre.

Il est clair que, dans ces conditions, promettre c’est mourir. Rêver, c’est être atteint de folie douce. Pourtant, rêver ne serait, en ces temps, pas mal venu. On peut même considérer que rien de véritablement sérieux ne pourra désormais se faire sans promesse tenue directement issue de nos rêves. Mais de quoi rêvons-nous alors même que l’on veut à ce point faire appel à notre pragmatisme, cet abominable pragmatisme.

Ce dont nous rêvons – je parle, ici, de sujets graves – c’est d’un « tronc commun » d’études générales et culturelles plus avancé – école obligatoire jusqu’à l’age de dix-huit ans, car l’on ne travaille pas pour le capital à quatorze ans, quel que soit le caractère de ces gamins dont je veux parler ici ! Ce dont nous rêvons, c’est de retraite dès cinquante ans pour les maçons, les boulangers, les carreleurs et d’autres – d’un retour à la retraite à soixante ans pour tous. Ce dont nous rêvons, c’est de semaines de quatre jours ou de trente-deux heures. En clair, nous faisons de nos rêves les promesses de conditions de travail et de vie à la mesure des conquêtes de notre civilisation. Cessons de dégrader les choses essentielles telles que la liberté, l’égalité et la fraternité. La liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de rêver ; l’égalité entre les êtres humains et la fraternité entre les peuples et au sein de chaque peuple. Cela pour reconstruire les bases d’une démocratie plus sûre d’elle. Plus belle, aussi.

Or, ce que l’on attend de nous, peuples autochtones, c’est de ne plus rêver. Ne plus rêver d’amours immortelles, ne plus se souvenir de nos belles années, celles où nous étions jeunes et forcement rêveurs. On nous oppose le pragmatisme, donc, clef de voûtes des discours politiques de nos dirigeants : il faut être pragmatique !

Nous n’avons que faire d’une réalité qui soit monolithique, puisque la réalité n’est pas monolithique, et nous n’avons que faire du pragmatisme qui ne peut qu’étouffer nos vies, malmener nos espoirs, dilapider froidement toute réelle probité intellectuelle. Des enfants meurent sous les bombes de ces gens-là ! Je ne cesserai de le dire et le redire. Car s’en est une, de réalité palpable, que les bombes sont fabriquées par nos charlatans libéraux. Monolithiques et pragmatiques. Ne dites rien, braves gens : vous seriez traités de populistes ! C’est pourtant bien ce que craignent tous les amoureux de la Terre : un bon vieux populiste. Mais qui fait leur jeu, à ces populistes, si ce n’est ce libéralisme sauvage et dingue que tous ces bien-pensants défendent ? Et si l’on emmerdait un peu Éric Zemmour et sa chaîne dédiée ? Pour voir. Avec aussi notre philosophe national, Michel Onfray. Ce ne sont certes pas des libéraux bien-pensant, ceux-là !

Ce que nous devons imposer, au demeurant, c’est l’utopie. Mais une utopie de l’amour du prochain, une utopie facteur de développement d’une humanité toujours plus digne, notamment par des avancées sociales palpables. Commencer par là ne serait pas du superflu.

Alors je pense à 1946 et à ses conquêtes sociales et sociétales que l’on massacre si froidement. Et je suis bien mélancolique, parfois. Tant il est vrai que nous sommes bien dix ans plus tôt : en 1936.

J’en ai peur.

Lionel Degouy est né en 1969 à Neuilly. Après des études de théologie à la Faculté protestante de Paris, divers engagements syndicaux et religieux, et des expériences monastiques en divers lieux, il s'installe à Montpellier. Sa vie est rythmée entre le retrait dans la lecture et la méditation, et l’activité d’écriture pour des publications diverses.

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