Extraits littéraires,  Lionel Degouy,  Récits

Brouillon. Par Lionel Degouy.

De ces deux choses il ne demeure rien : l’existence est défunte tout autant que l’idée. La guerre est arrivée. Totale. Il n’y avait pas grand-chose à faire. Pas grand-chose. Pour le moins faut-il penser que nous étions nombreux à la prévoir, sans pouvoir aucun pour l’arrêter à temps. Mais s’il faut dire la lassitude des sentiments de paix, n’annonçons pas pour autant leurs faiblesses. Cela malgré le fait que le néant demeure au rang des intrigants échanges du monde à venir, celui qui verra notre fin. Et rien ne viendra nous rassurer ; il serait inutile d’espérer. Comme il est inutile de dire ce que chacun vécu de ces années passées à regarder le ciel, les nuages, la Lune ou le Soleil – que nous voulions vainqueurs – pour nos enfants, s’effondrer devant tous ces nouveaux fachismes. Rien n’expliquera jamais le cours des évènements qui ont menés à ce que se transforment toutes nos amours sauvages en criminelles. Nous qui voulions penser le monde en amoureux des jours à venir. En amoureux farouches, hostiles aux limites que donnent ces assassins – assassins de la jeunesse – à la vie éternelle. Puisque la vie ne connaît de limite en aucun lieu, nous garderons l’espoir et l’espérance pour nous. Abandonnant l’existence et l’idée, nous annonçons un au-delà que personne, pas même nous, surtout pas nous, ne peut désormais atteindre sans mourir.

Et cela même s’il est cette fois probable que nous ne renaissions pas des instants que l’on traverse.

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Lionel Degouy est né en 1969 à Neuilly. Après des études de théologie à la Faculté protestante de Paris, divers engagements syndicaux et religieux, et des expériences monastiques en divers lieux, il s'installe à Montpellier. Sa vie est rythmée entre le retrait dans la lecture et la méditation, et l’activité d’écriture pour des publications diverses.